Développement durable en santé : l’exemple suédois.

Le centre hospitalier universitaire New Karolinska Solna (Stockholm).

Opérationnel depuis 2017, il couvre 330 000 m2, pour environ 8 000 pièces, 630 lits en chambres individuelles et 35 blocs opératoires. C’est l’un des complexes hospitaliers les plus avancés au monde, et un modèle en terme de développement durable. L’hôpital tout entier a été conçu et construit en intégrant les nouveaux modes de prise en charge du patient et intègre les dernières technologies.

Des blocs opératoires high-tech

L’environnement chirurgical a été revisité et l’accent a été mis notamment sur les systèmes intégrés et de contrôle des équipements offrant un meilleur périmètre d’action à chacun des acteurs du bloc. Pour se faire, les concepteurs ont suivi trois mots d’ordre : décloisonnement, flexibilité et reconnaissance. Si à la base, tous les blocs comportent les mêmes équipements, ils offrent de multiples possibilités d’adaptation, notamment aux différents types de chirurgie, et sont conçus pour alléger les process et s’adapter aux besoins médicaux.

La flexibilité se traduit également par les systèmes de vidéo-communication et
de télé-médecine qui permettent de communiquer vers l’extérieur, d’un bloc à l’autre, avec d’autres professionnels, ainsi que par le système de gestion et de traitement des données médicales très élaboré. Un écran géant permet à tous les professionnels de bloc de suivre les gestes du chirurgien et d’améliorer leur réactivité ; les divers consoles et écrans de contrôle, accessibles indépendamment par les chirurgiens et les professionnels de bloc, permettent à chacun de contrôler les paramètres et d’interagir.

Une attention toute particulière a été portée à la maîtrise de la lumière et au contrôle de la table d’opération pendant l’intervention, mais aussi à la possibilité de filmer les opérations à partir des équipements optiques et d’une technologie vidéo assistée.

La qualité de l’air

De la technologie à l’environnement de travail en passant par les tenues de bloc, tous les points répondent aux normes les plus élevées. De même, les exigences en termes de qualité de l’air ont été poussées à l’extrême, afin de réduire les risques d’infection mais aussi l’exposition des soignants. Des systèmes individuels ont été mis en place pour chaque type de gaz : oxygène, protoxyde d’azote, dioxyde de carbone, argon, etc., et ont été conçus pour permettre la récupération et la destruction des gaz anesthésiants.

Ecoconception

Karolinska est un établissement éco-conçu et neutre pour le climat. S’il produit 65 % de sa propre énergie avec une installation géothermique de quelque
168 forages, 100 % de l’électricité consommée provient des énergies renouvelables, dont 20 % de l’énergie éolienne. Les bâtiments consomment 40 % d’énergie par m2 de moins qu’un bâtiment standard et sont certifiés LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), niveau Gold (3 des 4 bâtiments sont en cours de labellisation) pour leur efficacité énergétique, une des normes internationales les plus exigeantes. L’hôpital remplit le cahier des charges du comté de Stockholm : bâtiment et matériaux sains, gestion stricte des déchets, achats raisonnés, transports peu émissifs, etc. Dans le comté, en général, les émissions liées au protoxyde d’azote ont été divisées par 4 entre 2001 et 2015.

Des tabliers biodégradables

En Suède, les professionnels de santé agissent sur les achats comme un levier pour impulser la R&D et l’éco-responsabilité. Depuis le 1er mai 2017, les établissements hospitaliers et les collectivités de la région de Skåne dans le sud de la Suède n’achètent plus que des tabliers jetables fabriqués dans une grande proportion à partir de matériaux renouvelables, ayant un meilleur bilan sur le plan climatique que des matériaux issus des ressources fossiles.

Un premier modèle, biodégradable et apte au compost, est fabriqué à partir de polymères biodégradables et du carbonate de calcium. Un second, non biodégradable, contient 91 % de matériaux renouvelables : de la canne à sucre et du carbonate de calcium. Tous deux sont le résultat d’un appel à projets R&D lancé en
2014 pour remplacer les 6 millions de tabliers utilisés chaque année par les établissements et collectivités de cette région.

Des seringues light

Par ailleurs, la région a lancé un appel à projets pour la production de seringues contenant moins de matière première pour la même contenance. Résultat, les 3 millions de seringues achetées annuellement contiennent désormais 30 % moins de matériaux, donc 5,5 tonnes de déchets en moins.

S’habiller autrement

Les textiles utilisés pour fabriquer les vêtements des professionnels de soin et le linge de lit sont éco-labellisés et …  fabriqués à partir de bouteilles en plastique recyclées. Chaque jour, le comté de Stockholm lave 38 tonnes de linge professionnel. Environ 1 million de pièces de linge sont en circulation. Il a ainsi émis des critères stricts pour le lavage et le séchage, et impulsé un travail de R&D car le coton n’est pas la solution unique en termes d’environnement.

En une année, ce sont 1,3 million de bouteilles en plastique qui ont été recyclées, 312 millions de litres d’eau qui ont été économisés pour la production de textile, et 25 % d’énergie en moins utilisée pour le séchage.

La région de Skåne a identifié, parmi les consommables les plus courants de ses hôpitaux, ceux qui ont, par ordre décroissant, la plus grosse empreinte carbone : sacs plastique, gants, rouleaux de papier, tabliers en plastique, ramettes de papier, produits de nettoyage désinfectants, protections jetables, seringues.

101 produits chimiques à réduire ou à éliminer

Dans le cadre de son programme environnemental 2012-2016, le comté de Stockholm a édité une liste de produits chimiques à bannir des achats, et par ricochet des produits de consommation et dispositifs contenant ces produits chimiques. Une autre liste concerne ceux à réduire sur le long terme. Ainsi, depuis 2012, des critères stricts sur les achats de 101 produits chimiques ont été introduits. Si le bisphénol A, le PVC, le formaldéhyde, font partie de la liste de réduction, le triclosan et le di-2-ethylhexyl phtalate (DEHP) par exemple sont dans la liste des produits proscrits des achats. Des critères respectés à la lettre.

Des gants sans phtalates

En 2004, le conseil de la ville de Stockholm estimait à 40 la consommation en tonnes de phtalates par an, juste pour les gants ! Neuf ans plus tard, en 2013, 97 % des gants utilisés dans les hôpitaux de Stockholm étaient en nitrile, un caoutchouc synthétique exempt de phtalates, plastifiants et protéines de latex allergisantes. L’infime partie des employés ayant une intolérance au nitrile utilise des gants alternatifs, les gants en latex ayant complètement été bannis. Selon le responsable des achats au comté de Stockholm : « Lorsque nous avons commencé en 2004, le prix des gants en nitrile était quatre fois plus élevé que celui des gants en PVC. À l’heure actuelle, les prix sont quasi équivalents. » Le nitrile offre une haute résistance, une excellente élasticité ainsi qu’une bonne protection contre les bactéries et produits chimiques, en faisant ainsi un excellent produit de substitution.

Par ailleurs la région de Skåne a mené une étude sur le gaspillage de gants lié au conditionnement. Sur un établissement et sur un mois, 1 200 gants, représentant 6 % des gants utilisés, ont été perdus parce que tombés sur le sol lors de l’extraction de la boîte. Des recommandations sur les emballages et le conditionnement ont donc été émis auprès des fournisseurs.

Des poches de sang sans PVC, c’est pour bientôt !

Depuis leur introduction dans les années 50, les poches de sang sont en PVC et contiennent des phtalates. Ces perturbateurs endocriniens ont été intégrés initialement pour assouplir le plastique. Étonnamment, ils concourent aussi à stabiliser les globules rouges dans les poches de sang. Lancé en 2011, le projet « PVC free blood bag » (poches de sang sans PVC) est financé par l’Union européenne et mené par l’institut suédois Jegrelius Institute for Applied Green Chemistry, avec l’hôpital universitaire Karolinska et des partenaires industriels internationaux. Il vise à mettre au point des poches de sang sans PVC répondant à l’ensemble des exigences essentielles de sécurité et de certification. Ce projet arrive à son terme et un rapport final est prévu courant 2017.
Il a été observé que les phtalates contenus dans les poches de sang se dissocient du plastique et migrent dans l’organisme pendant la transfusion. La quantité ainsi relâchée dépend du temps de conservation, de la température, de la concentration en lipides, etc. Aussi, au cours de ce projet, des films plastiques en polyoléfine ont été produits et un premier prototype de poche de sang vient d’être testé à Karolinska.
Les premiers résultats sont prometteurs. Des poches de sang sans PVC existent d’ores et déjà, mais des tests supplémentaires devront être effectués pour sélectionner un meilleur additif, les deux testés ne remplissant pas leur mission de conserver les globules rouges jusqu’à 42 jours.

L’objectif suivant pour l’organisme porteur du projet sera de soutenir la demande en poches de sang sans PVC à l’issue de la phase pilote. « Nous avons besoin du soutien des organisations et associations et de toutes les parties prenantes engagées dans le domaine de la santé pour promouvoir cette nouvelle technologie, que nous pensons majeure dans la défense d’une santé durable pour les patients », souligne Lena Stigh, chef de projet. « Une demande manifeste et soutenue des établissements de santé pour des poches de sang sans PVC faciliterait grandement la question de la production à grande échelle et de sa commercialisation. D’autre part, une évolution de la législation au niveau européen sur les perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire leur suppression progressive dans les dispositifs médicaux, serait de nature
à favoriser la commercialisation des poches de sang sans PVC. »

Il faut noter que jusqu’alors, aucun des nombreux projets initiés en Europe et aux
États-Unis n’a réussi à éliminer les poches de sang en PVC.

http://www.pvcfreebloodbag.eu/

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Publié dans le  » Guide pratique du développement durable au bloc opératoire « , coédité par la Société française d’anesthésie-réanimation (SFAR) et le Comité pour le développement durable en santé (C2DS).