Perturbateurs endocriniens en établissements de soin : dans le poison, rien n’est bon…

Le 9 novembre 2017, les élus du parlement européen n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur la durée de renouvellement de la licence d’exploitation du glyphosate. Classé comme « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer, il ne serait par contre pas un perturbateur endocrinien (PE) d’après l’agence européenne de sécurité des aliments. Une belle illustration de la difficulté à évaluer la dangerosité de ces substances, et de faire la part entre les études indépendantes et publiques, et celles financées par l’industrie.

Les perturbateurs endocriniens : définition

Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des substances chimiques qui peuvent interférer avec le système endocrinien, soit en imitant l’action d’une hormone naturelle, soit en se fixant sur les récepteurs des hormones naturelles, soit en modifiant les concentrations d’hormones présentes dans l’organisme. Phtalates, bisphénol, parabènes, etc. pénètrent dans l’organisme par voie orale ou cutanée. On les retrouve dans certains produits industriels (produits phytosanitaires, médicaments, cosmétiques, textiles, etc.) et la liste des suspects ne cesse de s’allonger.
Pour André Cicolella, toxicologue et président du Réseau environnement santé, « les perturbateurs endocriniens induisent un changement de paradigme en toxicologie : la relation dose-effet n’est pas linéaire et l’effet peut être plus fort à faible dose qu’à forte dose ». L’effet « cocktail » serait de plus délétère, ce que semble confirmer un rapport de l’Inserm publié en septembre 2017 qui montre l’exacerbation des effets des molécules lorsqu’elles se combinent.

Les experts s’accordent sur un point : il faut protéger en priorité les populations vulnérables et tout particulièrement les femmes enceintes et les enfants sur lesquels l’impact des PE est observé par une nombreuse littérature scientifique.
 
Une autre étude de l’Inserm – sur 500 garçons nés entre 2003 et 2006 – vient d’associer le triclosan, un autre PE, à certains troubles du comportement. Ce biocide, qui traverse le placenta et a même été retrouvé dans des cordons ombilicaux, est encore présent dans le savon ou les solutions hydro-alcooliques utilisés dans les établissements de soin. 200 scientifiques et professionnels de la santé ont pourtant signé le 20 juin dernier le Florence Statement pour avertir que le triclosan et le triclocarban, un produit similaire, « ne devraient être utilisés que si leurs effets positifs pour la santé sont prouvés ».

Comment réduire les PE dans les établissements de soin ?

Tout d’abord, passer son établissement au scanner et débusquer les PE. La campagne du C2DS est un bon support, et propose 10 éco-gestes : informer le personnel féminin de l’établissement, aérer les locaux, solliciter les fournisseurs pour identifier les PE (dans les dispositifs médicaux, les produits de soin et d’hygiène, les matériaux de construction, de décoration, de nettoyage, etc.) afin de les substituer progressivement, etc.
Si le choix des produits est primordial… Il est parfois ardu. Ainsi, le DEHP, phtalate couramment utilisé dans le PVC, est reconnu par l’Union européenne comme une « substance extrêmement préoccupante », et considéré comme PE. Présent dans certains dispositifs médicaux (poches à perfusion, tubulures, etc.), il devait être interdit par la France le 1er juillet 2015 dans les services de pédiatrie, néonatalogie et les maternités. Finalement, le règlement européen Reach (Registration, Evaluation, Authorization and Restriction of Chemicals) a imposé un taux de concentration < 0,1 %. Cette information étant peu ou pas accessible, comment les acheteurs des établissements de santé peuvent-ils respecter la réglementation ? Notons toutefois que certains industriels proposent d’ores et déjà des dispositifs médicaux exempts de DEHP.

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Article publié dans le Fil vert de la FHP-MCO